vendredi 2 novembre 2012

Comme un Vague sentiment d'unité...

« Toutes les idées sont tissées sur le canevas de la nuit. »
André Suarès 

À l'heure où j'écris ces mots, il est 2h57, et mes tentatives pour trouver le sommeil sont mises en échec depuis 2 heures par de longues réflexions. Craignant de perdre le fruit de ces réflexions d'ici demain, comme on perd les détails d'un rêve dès le réveil, quitte à ne pas réussir à dormir, je préfère les écrire ici. Ce que tu vas lire est le métal encore chaud de mon esprit, un texte brut écrit sous les étoiles, qui comportera même sûrement quelques fautes, vu ma fatigue. Attends toi à un long article, car lorsque j'écris à chaud, peu m'en faut pour m'emporter...

Grand bibliophage, j'ai trouvé sur ma bibliothèque un livre auquel je n'avais jamais vraiment porté d'intérêt car j'en connaissais déjà l'histoire d'une manière assez complète. Je ne sais pas pourquoi, l'envie ma pris aujourd'hui soir d'en lire une partie avant de m'endormir. Tant mieux ou tant pis.
Ce livre est le roman (je dirais même "la nouvelle") La Vague de Todd Strasser. Ce livre est certainement le plus grand point Godwin que vous puissiez trouver, et pour cause, il romance l'expérience véridique de Ron Jones (appelé Ben Ross dans le roman) de The Third Wave (« La Troisième Vague »), menée en Avril 1967.
Ron Jones était professeur d'Histoire dans le lycée Cubberley, de la ville de Palo Alto, Californie. Lors d'un cours sur la Deuxième Guerre Mondiale et l'Allemagne nazie avec sa classe de terminale, celui-ci fut confronté à des questions de ses élèves auxquelles il était incapable de répondre.
« Comment les Allemands ont-ils pu clamer qu'ils ignoraient les horreurs commises par les nazis? »
« Comment les soldats nazis ont-ils pu accepter de commettre de telles atrocités dans les camps de concentration et d'extermination, pourquoi ont-ils obéit si aveuglément aux ordres? »
Plutôt que de l'expliquer avec des mots, Ron Jones a préféré, lors du cours suivant, leur faire répondre eux-même à leurs questions, par ce qui devait être au départ une petite expérience, en réunissant la classe autour d'un but commun : La force par la discipline. Il créa ainsi le groupe de La Vague, dont les mots d'ordres étaient : Discipline, Communauté, Action. Sa classe se prêta très vite au jeu, pour le moins séduisant : le sentiment d'unité qui les unissait les galvanisait, et leurs résultats scolaires s'en retrouvaient améliorés. Un slogan, un logo et un salut les identifiaient entre eux. Ron Jones lui-même devint "le cobaye de sa propre expérience", comme dit le roman, le leader presque vénéré d'un groupe droit comme une armée. C'est lorsque des violences commencèrent à apparaître envers des opposants à La Vague que l'expérience cessa, dévoilant ainsi le vrai visage de La Vague : une réplique miniature mais pas sans danger du cancer qui rongea l'Europe il y a plus de 70 ans, le Troisième Reich. Les élèves ainsi que le professeur vivent toujours aujourd'hui, et cette expérience traumatisante reste dans leurs esprits. Il est dit qu'après ces événements, plus personne n'en parla durant 3 ans.

Ce qu'il faut retenir de cette histoire, c'est qu'aucune communauté n'est à l'abri du fascisme, qu'il est impossible d'aller vers l'avenir sans se tourner d'abord vers le passé, et qu'enfin il est important de rester toujours vigilant afin de garder ce qui fait de nous des êtres humains : le libre-arbitre.

Cependant, à défaut d'être un esprit très influençable, je suis un esprit très influencé. Je prends et j'apprends de tout ce que je vois, lis ou entends. Je m'efforce de rester ouvert à chaque nouvelle idée, qu'elle heurte mes convictions ou non. Je me remets souvent en question et réfléchis longuement à chaque nouvel élément avant de l'accepter ou le rejeter. Et voici qu'un nouvel élément m'interpelle dans ce livre : la discipline amène à l'unité et donne le pouvoir d'agir.

La vie, lentement, mais pas sûrement

Je vois la vie comme une montagne à gravir. Au sommet ce trouve ce que l'on veut : le bonheur pour certains, la postérité pour d'autres, ... Un but. Certains arrivent en bas de cette montagne nus comme des vers. D'autres arrivent avec un équipement de pointe. Et chacun tente de gravir...
Parmi les nus, certains grimpent tant bien que mal. Leur peau se durcit au contact de la paroi rocheuse, leurs muscles se développent, et à force d'efforts, ils arrivent éventuellement au sommet, couverts de cicatrices, parfois même estropiés d'un membre ou deux. Mais ils ont réussi, envers et contre tout.
D'autres, au contraire, abandonnent face à la faiblesse de leur corps et se résignent à rester en bas jusqu'à la mort, sans jamais voir le panorama qui leur est réservé en haut.

Parmi ceux qui ont un équipement de pointe, il y a ceux qui grimpent, tranquillement, peut-être plus rapidement que les nus, mais aussi plus sûrement. Leurs efforts sont moindres, mais ils doivent quand même donner de leur personne afin de pouvoir continuer. Certains se voient tomber à cause d'un trop plein d'assurance, d'autres parce qu'ils sont bousculés et lâchent prise.
Et il y a ceux qui restent en bas. Par manque de motivation, mais pas toujours. En effet, de temps en temps, il y en a qui ont voulu arriver trop vite au pied de la montagne et ont sauté les cours d'escalade. Ils se retrouvent avec un équipement que beaucoup leur envie, mais sont bien incapables de l'utiliser. Comment grimper lorsque plus personne ne peut nous l'expliquer, quand on a pas pris le temps d'apprendre la méthode quand on nous le proposait?

Je suis de cette dernière catégorie.

Je sais qu'au sommet de ma montagne se trouve un métier qui me plaît et une vie intéressante. Je me fous de savoir si je serai riche ou influent, je cours après le bonheur et je n'exige pas grand chose de lui. Je veux des savoirs et de la curiosité, et je sais même avec qui je veux les partager. Voilà mon but.
Je sais aussi que je suis un, c'est en tout cas ce qu'on m'a toujours appris. Je suis Brosylen, Maxence pour les intimes. Je suis un être humain, habitant de la planète Terre. Oui mais...

Un être en kit

En dépit d'être un, je ne suis pas uni. Toutes les petites parties de moi courent dans toutes les directions, avec chacune un but différent. Je veux atteindre mon sommet. je veut manger et boire et, entre les deux, dormir. je veut de l'adrénaline, principalement, c'est-à-dire du sexe, de l'action, de la violence, des frayeurs, du stress. Et enfin, je veut s'abrutir devant la télé, devant les lolcats, ne rien faire et rigoler tranquillement sur la graisse qui s'accumule entre ses neurones.
Comme si chacune de ces parties de mon être tiraient dans des directions opposées, moi, au centre, reste définitivement au même point.
À l'image d'une démocratie, Je suis le chef de moi-même, mais je n'est pas toujours d'accord avec mes décisions. je est même parfois un boulet, qui m'empêche d'avancer.
Je suis le chef de ma propre personne, et je dois me diriger avec une volonté de fer. À l'image d'une dictature.

La décision

Ces réflexions sont bien naïves, mais il pourrait être intéressant d'inculquer à chaque membre de l'équipe qui me constitue la discipline que Ron Jones avait décidé d'inculquer à chacun de ses élèves, à titre d'expérience. C'est certes une expérience dangereuse dans le cas d'individus distincts, car chacun perd son individualité et même à des violences contre autrui. Mais les instances de ma personne ont-elles une individualité? Le concept d'autrui peut-il s'appliquer au sein d'une seule et même personne?
Je suis loin d'être le premier à décidé de m'imposer la discipline afin d'avancer. La plupart des gens le font, d'ailleurs, consciemment ou non. Celui qui sait "se mettre des coups de pieds au cul" quand il le faut, il s'est imposé une discipline. La différence ici est que je vois cette discipline comme le ralliement d'un groupe en une équipe, une communauté soudée, qui constitue ma personne. La devise de mon pays est « L'Union fait la Force ». J'y rajouterais qu'il est important de commencer par soi-même.

Je ne suis pas quelqu'un de mystique. Je suis chrétien, je crois en Dieu, certes. Mais je ne vois pas des "signes" partout, je crois au hasard (du moins, j'ai mon avis sur la question), je ne suis qu'un humain parmi tant d'autres, et je suis incapable de croire que l'Univers puisse tourner autour de moi à un moment ou à un autre. Cependant, ces derniers temps, j'ai cette impression qu'un thème précis s'est installé dans les derniers événements, celui, effectivement, de la discipline. Bien sûr, ce thème a toujours été présent autour de moi, c'est moi qui, inconsciemment, le met en lumière par rapport au reste. Mais tout ceci m'amène à penser qu'il y a quelque chose à faire.
Je dois agir, pour moi-même.

Règles

Loin de savoir si j'arriverais à m'appliquer cette discipline, je suis décidé à essayer. Et en ce sens, je dois décider de règles de conduites. Elles doivent être simples, une trop grande complexité mène à l'instabilité.
  • Me dresser des objectifs : Tout comme La Vague se réunissait autour de la Force (et je ne parle pas ici d'étrangler les gens à distance), je dois m'unir autour d'objectifs précis. Ceci est déjà fait depuis longtemps, par une proposition de @soletoilie, qui se charge même de m'en faire une synthèse joliment décorée ♥.
  • Travailler par périodes bien définies : C'est un conseil souvent répété. Il faut travailler beaucoup, puis se reposer un peu, puis recommencer. Je n'ai pas de raisons de rejeter cette règle. Je n'ai pas encore réfléchit au temps que devra durer chaque période de travail, mais je pense me calquer sur la technique des Pomodoros.
  • Travailler complètement habillé : Dans le cadre de mes études, je suis le plus clair du temps seul. Alors je n'ai aucune raison de m'habiller après avoir pris ma douche ou avant d'aller au lit. Étant à l'aise avec ma nudité, il m'arrive de travailler nu sans problème. Porter des vêtements est une contrainte, et ce n'est pas pour rien que les vêtements décontractés sont peu utiliser dans le monde du travail. Comme l'affirmait William James en 1884, si je me fie au document ci-dessous, le fait de s'asseoir droit sur sa chaise octroie tout de suite plus de volonté et de sérieux. De la même manière, le fait de porter un costard-cravate octroie de la discipline, ce qui fait le bonheur de chaque patron devant ses employés qui travaillent activement.
  • Dormir à des heures précises : Le sommeil est important, et pourtant trop souvent dénigré. Il est facile de "regarder encore quelques lolcats avant d'aller dormir", mais le temps lui n'attend pas et continue d'avancer. 

Quatre règles, cela me paraît simple à tenir. J'ai aussi décidé de me trouver un slogan, une devise, sous laquelle placer ma bannière. Beaucoup basent leurs actions sur un proverbe ou une citation précise. J'ai aimé « J'agis donc je suis ». Si Descartes par les mots « Je pense donc je suis » a voulu nous expliquer que la conscience de soi implique dès lors l'existence de soi, je désire personnellement que mes actions (par opposition à mon inaction actuelle) impliquent que je sois [en accord avec moi-même].

J'ai décidé de ne pas éditer le texte qui précède, comme je le fais habituellement, afin de le garder brut, comme à la seconde où il a germé dans mon esprit. Je sais que si je tâchais de le réécrire, je préférerai simplement tout supprimer, en voyant la naïveté de telles réflexions. À la seconde où j'écris ces mots, ma décision me tient à cœur. La nuit et la fatigue y aident sûrement. Heureusement?
Je tâcherai simplement de le formater, afin d'atteindre une meilleure lisibilité, mais je ne modifierai pas le texte.

Il est 6h46 et je vais tenter de dormir quelques heures, l'esprit en paix.

« La nuit, on imagine ce qu'on désire et tout paraît possible. Au grand jour, l'imagination pâlit. La nuit, on voit des choses inexistantes et on y croit. »
Robert Choquette

3 commentaires:

  1. Tout d'abord Waow ! Tu me fais penser à moi, moi qui a un moment totalement inopportun, me met à me poser quelques questions existentielles et la philosophie qui en découlent.

    Ensuite, la métaphore avec la montagne, ma grandement touché, pour ma part, je suis nu et je grimpe difficilement mais je progresse, c est indéniable.

    Je pense que lorsque l'on a pas la méthode, on stagne un temps au pied de la montagne, on ne réalise pas qu'il faut monter, puis une fois que l'on comprend, on panique, que vais-je faire ? Comment y arriver ? Alors la même avec le meilleur équipement, on regarde les autres faire, on reproduits les même gestes..... et on tombe.
    Malgré la chute, on se demande ce qui n'allait pas et en recommence sans les erreurs.

    J'imagine que toute cette phase correspond à trouver "un but" dans la vie et le moyen d'y parvenir.
    C est peut être ce que tu fais en t'imposant ces règles.
    Tu me fais penser à mon coach qui nous parle de discipline sans arrêt, peut être essaye tu de faire progresser ton equipe en haut du classement et par conséquent en haut de la montagne

    Enfin, peut être essaie tu de rentrer dans un moule, "j'agis donc je suis" démontre un besoin d être, et par ce même besoin, les 4 règles que tu t'impose ce n est pas quelquechose de forcément mauvais.
    Peut être un besoin d'appartenance ?

    Tout cela n'est que supposition bien entendu, je te connais trop peu pour me permettre de juger, mais avant cet article, je t'appréciais, après ce dernier, j'ai du respect pour toi.
    D une part car moi même je ne sais pas me fixer des règles, quel quelle soit. Et d autres part car j'ai rarement trouver quelqu'un avec qui je pouvais tenir ce genre de conversation.

    Un article qui ma touché et fait réfléchir sur moi même, merci Brosylen (ou Maxence?)

    Asbjorn.

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    1. Merci, ça me touche beaucoup...

      Se passerait-il quelque chose de particulier, qui amènerait les gens à se poser des questions existentielles tous en même temps? \o/

      Peut-être écrirai-je un jour un livre qui raconte l'histoire d'un homme qui grimpe une montagne, laissant le soin aux plus critiques et philosophes d'en dénouer la métaphore :-O!
      L'important est bien de progresser, et je suis heureux que ça soit le cas pour toi...

      Stagner, imiter, tomber, et se relever en ayant appris la leçon, c'est effectivement ce qui m'arrive en ce moment... Mais ça me fait du bien d'en voir le bout.

      Effectivement, par ces règles je compte arriver à mon but, ou au moins avoir le sentiment de m'en approcher. J'ai été lâché dans l'indépendance sans y avoir été préparé, n'ayant plus de carquois pour me contenir, je décide de m'en imposer un moi-même.

      Oh non, je n'essaie pas d'entrer dans un moule, ou du moins pas consciemment. Être, à mon sens, n'est pas le fait d'exister dans la société ou dans un groupe, mais être pour soi-même, pouvoir se retrouver seul un jour et se dire "Voilà où j'en suis, je suis heureux de ce que j'ai pu accomplir jusqu'à maintenant, et voilà ce que je vais faire pour continuer de l'être". Et jusqu'à maintenant, je suis loin d'être dans cet état d'esprit.
      Un besoin d'appartenance? Je n'ai pas le sentiment qu'appartenir à quelque chose sois primordial, mais effectivement, c'est un besoin qui se fait assez sentir dans ce que je fais. Sans perdre mon individualité, j'aime pouvoir revendiquer faire partie d'une communauté. Aujourd'hui c'est celle des blogueurs, et j'espère que demain ce sera celle des scientifiques...

      Sincèrement, je pense que c'est la premier fois qu'on me dit "avoir du respect pour moi". Ça me fait très bizarre. Que dis-je? Extrêmement bizarre! Mais ça me touche beaucoup, je te remercie du fond du cœur.

      Cet article me gêne un peu, et la seule raison pour laquelle il est encore en ligne, c'est que je désirais ardemment en l'écrivant qu'il reste tel que je l'ai écrit, avec ses fautes et sa naïveté, mais habituellement je déteste me retrouver aussi nu devant quelqu'un... Je le voyais plutôt comme un "nanar", digne de rester dans mes pensées mais pas d'être partagé, mais d'après les quelques retours que j'ai eu dessus, j'ai l'impression d'avoir bien fait. Ça me trouble énormément...
      Cependant, s'il peut effectivement faire réfléchir, je serais heureux qu'il soit lu.

      Habituellement je préconiserais Brosylen, mais dans ton cas je te laisse le loisir de m'appeler comme tu veux, tout dépend de la manière dont tu me considères :-)!

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  2. Je respecte tout le monde en tant que personne, mais cette forme de respect est une obligation, une chose qu on a encré en moi, c est naturel.
    Lorsque je dis à quelqu'un que je le respecte, j admire et je ne me permet pas de porter un jugement quel qu il soit, c est une autre forme de respect, plus profonde. ( je sais pas si j ai été clair ? )

    J ai été malheureusement mis en foyer à mes 9 ans, j ai été lâcher dans le grand bain et dans l indépendance très tôt, j ai donc été obliger d acquérir une maturité assez élevée compte tenu des autres jeunes du foyer ou je me trouvais (17 ans en moyenne), c est pourquoi je me suis retrouvé nu (sans famille, ni parents pour me guider). Aujourd'hui j ai mon appart, mes études, bientôt un boulot, permis en cours, je suis fier d avoir progresser.


    Lorsque moi j écris, je m arme d un stylo et je jette littéralement ma pensée sur le papier j écris le plus vite possible afin d en perdre le moins possible. Je l apelle Le Purgatoire, et je ne jette rien, jamais, de temps en temps je l ouvre et regarde le tout..
    Peut être ton blog peut il être une sorte de purgatoire ? Je pense que ton article à sa place ici.

    Comment je te considère ? Peut être pas comme un ami, c est encore un peu tôt, mais comme quelqu'un qui j espère, le deviendra.
    Je retrouve pas mal d échos en moi à travers ce que tu partage.

    Asbjorn.

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