jeudi 8 novembre 2012

L'humour... Mais où court-il?

Ce Vendredi 2 Novembre, au hasard de mon abrutissement devant le poste de télévision, je suis tombé par hasard sur la (re-)diffusion de l'édition 2011 du Montreux Comedy Festival. Moi qui prend toujours plaisir à regarder un spectacle humoristique, je pensais être servi en pouvant regarder carrément un gala du rire, et c'est aussi ce que me faisait croire la description du programme :
Des jeunes humoristes en devenir aux grands noms du rire, le Montreux Comedy Festival a réuni de talentueux comédiens pour une nouvelle édition riche en découverte. Le gala du festival donne carte blanche aux Chevaliers du fiel, duo comique français composé d'Eric Carrière et Francis Ginibre, qui ont choisi de s'entourer pour l'occasion de jeunes talents.

Au final, j'ai dû sourire une fois ou deux durant le sketch d'Arnaud Tsamère, et un peu pendant les passages des Chevaliers du Fiel. Je les aime bien ces deux là, mais je commence à trop connaître leurs sketchs. À part ces quelques minutes, j'ai eu l'impression de regarder un épisode des Télétubbies en train d'enquêter sur la mort de Derrick. On a même réellement touché le fond lorsque Caroline Vigneaux, après une blague sur l'OM, a dit en rigolant « Cette blague elle a pas vraiment marché à Marseille »...
Bon, je dois bien avouer que lorsque je suis tombé sur la chaîne, j'avais raté Olivier de Benoist, dont le jeu et les mots m'amusent pas mal, et Ben, que je ne connais pas mais dont l'humour un brin absurde pourrait me faire sourire...
Bref, tout ça pour dire que si sur cette scène sont réellement passés "des jeunes humoristes en devenir", je m'inquiète sur ce que seront les "grands noms du rire" de demain!

Mettons, ça aurait pu être une mauvaise année, parmi des bonnes... Si seulement.
Le précédent accueillait Baptiste Lecaplain, Bérengère Krief, et d'autres dont je n'ai même pas retenu le nom. Toujours est-il que je m'y suis à nouveau ennuyé, et pas qu'un peu.

Une histoire de recette(s)

Voici pour toi, cher lecteur, LA recette infaillible pour réussir dans le monde du spectacle. Testée et approuvée par toutes les étoiles montantes d'aujourd'hui :

Thème : tu as le choix, mais évite au maximum de sortir de ces quelques propositions.
  1. Sexe :
  2. que ce soient les différences entre l'homme et la femme ou les problèmes de cul de ta cousine avec son mari éduqué par le porno hard, parler de sexe fonctionne toujours;
  3. Techniques de dragues en boite (ou non) : conseils ou dénonciation, selon que tu sois un homme ou une femme respectivement, ce thème est très prisé du public, qui appréciera d'autant plus si tu le couple avec le thème 1;
  4. Racisme : l'époque n'est plus au politiquement correct, le meilleur moyen d'attirer les foules est bien sûr de parler polémique. Choisis ton camp, mais choisi le bien, car sache que les bronzés et les bougnoules qui volent les téléphones dans les banlieues ou les Roumains qui te proposent d'acheter leur bébé à qui il manque un bras pour 3€ seulement, c'est un sujet vraiment désopilant, surtout quand il est agrémenté d'insultes. Oui, on peut rire de n'importe quoi, et celui qui s'en indigne manque juste d'humour;
  5. Comportements extrêmes : sur la même vague que le thème 3, les comportements extrêmes tels que ton père qui te battait durant ta tendre enfance ou sœur Marie-Claude qui crie au viol alors que la salope n'attendait que ça sont des sujets qui plaisent. Il est d'ailleurs conseillé de les utiliser conjointement avec le thème 3, pour renforcer les rires;
  6. Paris : l'humour francophone du vieux continent, c'est simple, il ne se réduit qu'à l'humour français. Et la France est un pays encore plus simple constitué de deux régions : Paris, et la province. Évite de parler d'un autre pays dans tes sketchs, mais si c'est le cas, compare le à Paris, en parlant de la mentalité des parisiens (ou des provinciaux), en bien ou en mal (ne t'inquiète pas, on peut rire de tout). Ce sujet t'ouvrira en plus des fenêtres vers tous les autres thèmes. Exemple : « Je suis heureux d'être à Bruxelles. L'accueil est bien plus chaleureux qu'à Paris. Je veux dire que, par ici, lorsqu'on vous dit bonjour, on agite pas un petit gobelet de pièces sous votre nez. Même que parfois celui qui vous salue est blanc! Quand je suis arrivé ça m'a tellement dépaysé! J'aime beaucoup votre pays! »
  7. NB : Conclus toujours ce genre de blague avec un « j'aime votre ville/pays ».
    NB2 : Les Belges sont les "cousins belges" des Français. Comme le singe est le cousin de l'homme. Assimile bien cela.

As-tu choisi ton ou tes thèmes? Parfait! Mais sais-tu comment les exploiter sur scène?

Technique : Ne t'en fais pas, avoir quelque talent d'acteur ou avoir une expérience théâtrale n'est pas nécessaire pour faire croire à ton public que tu es drôle. Suis seulement ces quelques conseils :
  1. L'exagération : certains hommes du théâtres appellent cela le "surjeu". Ne leur prête pas attention, ils sont chiants ces gens là. Un humoriste appelle cela le "jeu de scène", tout simplement. Cette méthode consiste à exécuter chaque geste avec une exubérance telle que le public n'aura d'autre choix que de se plier en deux. Tu désires mimer l'acte sexuel? Évertue toi à faire pâlir de honte le pire des hardeurs, avec des cris dignes de King Kong et des mouvements du bassin aussi puissants qu'un marteau-piqueur en pleine action. Tu veux mimer une personnalité connue? N'oublie alors pas de prendre chaque tic et expression faciale ou orale de l'homme et de les décupler de manière à en faire une caricature de caricature. L'absence de subtilité contient un potentiel humoristique intarissable;
  2. La répétition : une technique ancestrale, mais qui fonctionne encore mieux avec la technique 1. Cela consiste à produire quelque chose une fois, puis le reproduire plusieurs fois le long de ton sketch, pour en appuyer l'effet comique, qui ne fera qu'augmenter à chaque citation (le public n'est pas très intelligent et ne comprendra la blague qu'après plusieurs répétitions);
  3. L'accent/l'intonation : ce qui fonctionne bien, pour éviter que le public ne s'endorme par le ton de ta voix bien trop monotone, est d'utiliser des manières de parler bien particulières. Bien sûr, il va de soi que pour faire parler un caillera, tu devras torturer chaque mot que tu utilises, en parlant verlan, insérant des wesh et des tavu partout. Inversement, pour faire parler le bourgeois, lever le ton d'un air hautain et rouler les r est une méthode jusqu'à lors incontestée. Mais ne te limite pas à ça! Tu peux, par exemple, et sans aucune raison, choisir de prendre une voix aiguë ou grave, prendre l'intonation d'une annonce de grande surface ou que sais-je, la seule limite est ton imagination (évite cependant de trop en avoir)! Le public s'amusera toujours de tes effets de voix;
  4. Le jeu mécanique : ce qui est bien avec la mécanique, c'est que lorsqu'elle est bien huilée, son efficacité est incontestable. Voici le mode d'emploi : on pleure en mettant les mains sur le visage et en reniflant bruyamment, on est en colère en fronçant les sourcils et en tendant les muscles, on est saoul en marchant de travers (se référer à ce sujet à la technique 1), on est heureux en ayant un grand sourire figé sur le visage, on est un con en votant Sarkozy. Je suis certain que tu t'y connais pas mal sur le sujet, puisque c'est ainsi que tu jouais les spectacles de fin d'année durant la petit école, quand papa et maman te filmaient en te félicitant;
  5. La scène est petite : c'est en tout cas ce qu'il faut faire croire au public. Cette technique est loin d'être indispensable, alors c'est à toi de choisir de l'utiliser ou non. Elle consiste à rester coincé dans un seul coin de la scène en laissant le reste désespérément vide. C'est bien sûr un signe de générosité, car en utilisant pas toute la scène, tu permets aux femmes de ménages d'être payées le même salaire en ne nettoyant qu'un morceau de scène. Le public t'aimera d'autant plus.


Voilà, tu as maintenant tous les ingrédients pour monter un bon spectacle qui plaira à tout le monde, enfant ou adulte.

Attention, cher lecteur! Il n'est pas question d’interpréter un rôle sur la scène, tu n'es pas là pour faire du théâtre! N'ai jamais cette prétention, tu n'es qu'un humoriste et tu viens pour faire rire le public, sans plus. Une fois ton spectacle terminé, le public ne croira plus en ce que tu as dit, et n'a pas à le faire, puisque ce n'étaient que des blâââgues que tu lui aura raconté comme tu racontes celle de Toto à l'hôtel dans une fête à Champomy. Le meilleur modèle à suivre est bien sûr celui des stand-up américaines, où le micro passe de présentateur à humoriste sans aucune transition. Les Américains le disent eux-mêmes : si t'es marrant à New-York [et par extension, dans une stand-up], t'es marrant partout!

Bien sûr, je ne prétends pas m'y connaître beaucoup en humour, d'ailleurs je n'en connais que ce qu'on veut bien m'en laisser connaître. Mais je ne suis pas le seul, et je trouve dommage que ce type de spectacle plaise autant au spectateur lambda. D'ailleurs, si tu as un artiste à me proposer, propose-le et j'irai voir! Promis!

Sans vouloir faire bobo ou "c'était mieux avant", je découvre aujourd'hui des artistes qui se produisaient bien avant ma naissance et dont on entend plus parler aujourd'hui, comme Raymond Devos ou Pierre Aucaigne, d'autres encore d'actualité, mais dont on parle pourtant bien moins que d'autres, ainsi Dany Boon en 1992 me fait encore rire aujourd'hui dans son One-Man Show "Je vais bien, tout va bien". Quelqu'un qui fait encore parler de lui, mais plutôt du côté belge, c'est François Pirette. On trouve chez tous ces artistes du très bon jeu d'acteur (avec mention spéciale à Devos), des très beaux jeux de mots ou des scènes subtilement absurdes voire carrément insensées qui sont un régal pour les yeux et les oreilles. Je suis mauvais pour faire des éloges, mais pour faire simple, je trouve que ça change de ce que qu'on a aujourd'hui, malgré toute l'ironie du fait que c'est ce qu'on a aujourd'hui qui change d'avant.

Si l'histoire est un éternel recommencement, espérons que nous reviendrons à un meilleur niveau de spectacle dans les années qui viennent...

Et vous, que pensez-vous des spectacles et sketchs que l'on voit le plus de nos jours? Avez-vous un artiste favori, qui se démarque de ce courant? Qu'il soit absurde ou non, proposez-moi n'importe quoi, je n'ai qu'une envie, c'est de découvrir!

2 commentaires:

  1. Moi les artistes que je kiff, Florence Foresti et aime roumanoff. Mais Anne, on la voit trop sûr France4.
    Le reste j écoute mais il me font rire de temps en tenps donc bof ^^

    Si je puis me permettre, tu as fait.une petite répétition au début de ton article "au hasard (...) je suis tombé par hasard" c'est voulu ?

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  2. Moi aussi je ris de moins en moins devant cette nouvelle génération d'humoristes.
    Il y a un duo que j'aime bien, c'est "Les décaféinés". Ils cherchent vraiment à faire quelque chose de différent. Ca vaut peut-être le coup que tu regardes. Il y a aussi Ben (Ben tout court) qui a une certaine recherche dans son écriture de sketch.
    Les stand-up qui reprennent toujours les même thèmes, de la même façon, c'est fatiguant, j'en peux plus !
    Moi j'en reste aux Inconnus. Ils ont vraiment tout fait, et trop souvent on voit de nouveaux humoristes qui font ce qu'ils ont déjà fait, en moins bien.
    On est dans une époque où tout est facile et accessible. Pour se faire connaître, on s'inscrit à un télé-crochet et on devient chanteur ou humoriste. Du coup, forcément, on oublie qu'il faut se donner du mal pour produire quelque chose de bien.

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